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/C Design comme DÉMARCHE INTÉGRÉE, CRÉATIVE & INNOVANTE


 
Par Caroline Gagnon
Agente de recherche sénior à la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal (CPEUM)

Ainsi, le design est une approche créative, mais également réfléchie qui offre un point de vue holistique sur des problématiques de différentes natures. Il devrait, par conséquent, favoriser une cohérence et viser la qualité sur les plans du cadre de vie, de la politique publique, du développement économique, du développement social. Suivant cette perspective, le projet à réaliser est moins de nature disciplinaire mais davantage liée à une connaissance accrue d’une problématique sous toutes ses dimensions. Cela suggère fortement de revoir les pratiques traditionnelles et de miser sur les forces mutuelles et inter-reliées de l’ensemble des professions du design et des autres acteurs du projet afin d’offrir des solutions globales, innovantes qui puisent dans un ensemble de pistes d’action : de l’interface intelligente qui accompagne un service matérialisé en intervention spatiale à l’instar du projet Wait, une démarche de design intégré dans la conception des salles d’attente en milieu hospitalier. Imaginons un peu les possibilités dans les secteurs des transports individuels et collectifs, dans les secteurs de la santé, dans la collecte sélective des déchets où il ne s’agit plus de segmenter les solutions selon les expertises mais de les interpeller tout à la fois … Qui du designer industriel, de l’architecte, du designer d’intérieur, de l’architecte paysagiste, du designer urbain, du graphiste, de l’urbaniste, de l’ingénieur, du fonctionnaire est mieux placé pour réaliser un projet quand c’est souvent l’interrelation de ces expertises qui en fait la force surtout s’il se fonde a priori sur les préoccupations telles qu’exprimées par les usagers, les bénéficiaires ou les citoyens ! Enfin, si cela n’est certes pas toujours évident à mettre en œuvre, faut-il rappeler que la sensibilité aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux et à leur contexte socio-politique dans l’exercice des pratiques du design est certainement le gage d’une réelle conscience de la portée d’une culture du design pour la société. Et ça veut dire surtout être à l’écoute et chercher à comprendre plus que de prescrire des solutions. Adopter une attitude d’ouverture qui implique de l’humilité et de la collaboration avec tous les acteurs des projets pour que la culture du design émerge non pas par un savoir-faire exclusif des professionnels du design mais comme une volonté de tous, comme un nouveau réflexe, tant chez l’ingénieur (e), le comptable, le gestionnaire, la médecin, l’architecte, l’écolière, l’enseignant, la coiffeuse, le mécanicien, l’urbaniste, la commis, l’informaticien, l’entrepreneur, bref, par l’ensemble des citoyens de tous les âges et de tout horizon. À ce titre, une culture du design serait-elle une culture qui perçoit le design comme un moyen formidable, et non seulement comme une finalité, apte à répondre aux enjeux du 21e siècle en commençant par la viabilité ?

/B Design comme MÉDIATION sociale


 
Par Caroline Gagnon
Agente de recherche sénior à la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal (CPEUM)

Aussi, le champ de la pratique du design a beaucoup évolué ces dernières années et son champ d’expertise n’est plus uniquement celui de la création. Il requiert une multiplicité d’expertises. Pour participer activement à la société et à son développement et dévoiler les valeurs des lieux, des objets, des images ou des services, le design devrait réunir les différentes conditions d’action favorisant la participation des acteurs des projets. La nature transdisciplinaire des projets et des équipes implique de lier les parties prenantes : les designers au sens large (architecte, urbaniste, designer industriel, designer urbain, architecte paysagiste, ingénieur civil) mais également les élus, les citoyens, les promoteurs, les professionnels de la santé publique, les industriels, les commerçants, etc. Différents moyens d’outils d’enquête et de recherche, de ce qu’on nomme les « design research methods », souvent associés aux perspectives de design empathique ou de co-design et de design collaboratif (mais ne s’y limitant pas), peuvent être préconisés pour orienter le projet afin de mieux saisir et d’intégrer les préoccupations des différents acteurs et principalement les usagers ou les citoyens.

/A Design comme AGENT DE TRANSFORMATION de l’espace, des objets, des images et des services


 
Par Caroline Gagnon
Agente de recherche sénior à la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal (CPEUM)

Le design transforme non seulement l’espace, les objets, les images ou encore les services, il les qualifie, leur donne une identité, transpose les valeurs de la société dans la matérialité, tisse des liens sociaux, répond à des problématiques sociales et économiques. Il devrait par conséquent s’inscrire dans la culture et surtout dans la vie de tous les jours. Sur ce point, le design est également considéré comme un agent de différenciation et un créateur de valeurs qui intervient dans toutes sphères de l’activité humaine du spectre de l’ordinaire au plus spectaculaire et qui place l’être humain, l’usager, le citoyen, au centre de ses préoccupations.

CAROLINE GAGNON | Pour une culture du design informé et engagé


 
Par Caroline Gagnon
Agente de recherche sénior à la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal (CPEUM)

Spécialiste des rapports esthétiques que la société entretient avec son cadre de vie, Caroline Gagnon a récemment été questionné par les médias sur l’impact des lignes électriques d’Hydro Québec et des tours de télécommunication micro-ondes sur la qualité de nos paysages. Ses nombreux travaux l’ont également amenée à se pencher sur les questions relatives au développement d’une culture du design dans les sociétés. C’est pour qu’elle puisse nous exposer son point de vue sur ces questions complexes que POIESIS l’a invitée à titre de collaboratrice et d’animatrice.

Le design fait la une. Du Business Week à La Presse, il n’y a pas une semaine où nous ne débattons de ses potentialités et de ses écueils. Pour certains, le design est un processus favorisant la créativité et l’innovation et devient un incontournable. Il interfère dans des activités multiples aux retombées économiques et sociales importantes : en santé, en environnement, en innovation, en politique, en sécurité, les exemples foisonnent ! Un peu partout, des organismes, des associations, des initiatives et des agences de design militent pour que le design prenne davantage de place dans les décisions d’affaires et dans les secteurs publics pour appréhender les enjeux environnementaux et sociaux du 21e siècle, contribuer positivement et qualitativement au bien-être individuel et collectif tout en assurant une pérennité économique. Cependant, pour d’autres, le design est une dépense quasi inutile qui, certes permet d’embellir notre environnement, mais à quel prix ! Peut-on s’en passer pour autant ? La Commission for Architecture and Built Environment propose d’ailleurs un contre-argument intéressant : se passer du design de qualité coûte cher ! Dans ce contexte, où le rôle du design dans la société n’est pas toujours bien compris, pas facile d’initier un débat public sur l’intérêt d’une culture du design qui limite plus souvent qu’autrement la portée du design à un acte cosmétique entendu implicitement comme superflu et qui intervient par conséquent après-coup lorsque les gestionnaires de projet n’arrivent souvent plus à rencontrer leur objectif, perplexes devant le peu d’enthousiasme face à leur nouveau projet jugé … euh … pas tout à fait attrayant. L’attractivité d’un service, d’un lieu, d’un produit, d’une ville ou d’un édifice est pourtant largement tributaire de sa valeur et de sa perception sociale.

Le design, faut-il le rappeler encore, n’est pas limité à une discipline uniquement « artistique » ou d’intervention « cosmétique » mais renvoie généralement à un processus qui intègre un champ plus vaste de connaissances, de pratiques et de techniques liées à la compréhension des conditions de transformation de la matérialité et spatialité contemporaine, des objets de tous les jours qui facilitent ou non les actions humaines dans le quotidien, des espaces qui façonnent notre mode de vie et des services qui les accompagnent. En effet, une des particularités propre au design est certainement qu’il interfère dans la modulation de tout ce qui nous entoure et affecte positivement ou non notre quotidien à différentes échelles (objet de consommation, espace public, service public ou privé, interface communicationnelle virtuelle ou matérielle, images et représentations par l’image, habitat, etc.). De la chambre à coucher, à l’alimentation et aux rituels et valeurs qui la modulent, des choix de transport individuel ou collectif, des modes d’organisation spatiale de l’environnement, à tout ce qui nous permet de nous informer sur le monde, le design intervient pour répondre au mieux à des problématiques d’usage, d’expérience et d’amélioration des cadres de vie en «transformant» l’environnement quotidien, en le « matérialisant », en le « représentant » par des formes, par des couleurs, par des matières et par le choix approprié de technologies. Il affecte en cela concrètement le quotidien de tout un chacun. Qui des autres professions ou des métiers a le mérite d’intégrer les problématiques humaines aux conditions de fabrication, d’usages et d’expériences des objets et de l’environnement bâti ? Qui réunit à la fois les domaines de la construction, de la fabrication manufacturière ou de l’ingénierie d’un côté et les domaines de la sociologie, l’anthropologie et la psychologie de l’autre ou encore de l’art et de la création ?

S’il est vrai que le design a historiquement été associé à l’essor de la production et des technologies naissantes du 20e siècle, étant plus étroitement défini comme la conjonction entre la forme et la fonction dans la conception des objets ou des espaces, il recoupe aujourd’hui une multiplicité de savoirs et de pratiques. Les enjeux du 21e siècle et de la mise en œuvre des projets forcent par conséquent à emprunter une posture très étendue du design qui invite à intégrer les considérations politiques, technologiques, économiques, culturelles, sociales, techniques, environnementales, esthétiques dans les projets de transformations des espaces, des images, des objets et des services. Les disciplines du projet sont spécifiquement interpelées qu’il s’agisse de l’architecture, du design industriel, d’intérieur, urbain, du graphisme, de la communication, de la signalétique, de l’ingénierie tout comme de l’urbanisme, du paysage voire même du marketing et du management dans la mise en œuvre d’une culture du design. Le design serait un vecteur important de transformation misant sur des stratégies variées qui devraient favoriser le développement social, culturel, économique, environnemental des personnes et des collectivités : stratégies de différenciation, d’invention, d’information, de préservation, de révélation, de liaison, de médiation sociale, de service. Posées de cette manière, les opportunités qu’offre le design pour le développement de la société sont donc nombreuses. Peut-on s’y limiter pour autant ? Afin d’instaurer une culture du design à toutes les échelles d’intervention de la société, de ses acteurs et de ses domaines de développement (économique, technologique, social, culturel et environnemental), je suggère de réfléchir et de débattre des perspectives contemporaines du design à savoir le design comme pratique transversale, comme agent de transformation, comme démarche intégrée et innovante et comme médiation sociale.

Ainsi formulé, le design serait tributaire d’une grande responsabilité sociale et publique face à l’amélioration de la qualité de vie des personnes, des cadres de vie et de l’espace public tout en contribuant à la pérennité de l’environnement. Un tel positionnement entend privilégier des stratégies qui favorisent le bien-être global des populations par la sélection d’une intervention matérielle ou immatérielle appropriée au contexte spatial, culturel et social. Le design doit s’engager à susciter de la valeur, de la qualité et du sens et pour cela, il doit s’ouvrir aux autres, les citoyens tout comme les experts d’autres disciplines, comprendre leurs réalités pour qu’elles deviennent le fondement même des intentions de projet, agir avec humilité et empathie. Pour y arriver, cela exige certainement de s’inscrire comme une culture collaborative ancrée dans la compréhension, la réflexivité, l’ouverture et l’observation afin de raffiner les outils et les méthodes et de miser sur la qualité des interventions. L’ambition d’instaurer une culture du design pour tous n’est-elle pas tributaire d’un tel engagement de qualité ?

Lire la suite dans les 3 fils de discussions suivants: /A Design comme AGENT DE TRANSFORMATION de l’espace, des objets, des images et des services; /B Design comme MÉDIATION sociale & /C Design comme DÉMARCHE INTÉGRÉE, CRÉATIVE & INNOVANTE.