Communication & reconnaissance publique du design

La communication du design est l’une des plus importantes problématiques de notre discipline. L’incompréhension que porte le grand public vis-à-vis le rôle du design demeure. Quels moyens devrait-on prendre pour améliorer la perception publique et ainsi valoriser la discipline au Québec ?

Marc Tison, journaliste, La Presse

Seriez-vous en mesure d’identifier ce qui fait en sorte que les gens ne sont pas aussi intéressés par le design industriel que, par exemple, la mode ou d’autres domaines du design?

Il y a des gens qui sont intéressés. L’exemple le plus connu c’est Michel Dallaire, les gens le connaissent, savent ce qu’il a fait. Je ne sais pas si c’est parce qu’il n’y a pas assez de designers ou si les produits qu’ils fabriquent ne se retrouvent pas suffisamment entre les mains des gens. La pratique a évolué depuis 30 ans, il y a 30 ans on retrouvait un peu plus de produits de designers québécois dans les maisons, notamment des produits de cuisine. Maintenant c’est moins le cas ou, si c’est le cas, c’est en petite série, souvent considérée confidentielle. Il y a ce facteur-là. La pratique s’est développée vers des produits plus industriels, plus médicaux, moins proches des gens. Il y  a encore des produits qui s’adressent aux particuliers, notamment du côté des jouets, des produits de plein air, mais ils sont rarement présentés comme des produits québécois ou présentés sous l’angle de la création du designer ou de la façon dont le designer l’a conçu. Remarquez, c’est le même problème du côté des architectes, ils ne sont pas plus connus, ils sont aussi peu présents. Je pense que ça a trait à la place de ce type de créations dans la culture québécoise, ce n’est pas encore tout à fait intégré dans la culture, dans l’imaginaire, dans l’espace public.

La prochaine étape est-elle de sensibiliser les citoyens à la valeur du design? C’est peut-être la raison pour laquelle le designer Patrick Mainville suggère l’action citoyenne, car la meilleure façon de comprendre le design n’est-elle pas d’en faire l’expérience?

Patrick Mainville, gestionnaire, Alto design Inc.

Quelle question poseriez-vous à Madame Marie-Josée Lacroix de Design Montréal ?

J’enlève mon chapeau de designer et comme citoyen, je pense qu’il y a place, dans les différents quartiers, pour faire en sorte que les gens se réapproprient leur espace. Dans les parcs et les espaces d’attente pour les autobus, par exemple. Dans certains secteurs, il y a un peu d’abandon. Donc, comme première piste, le design pourrait être mis à contribution pour rafraîchir certains parcs en introduisant par exemple des thématiques pour chacun; leur donnant ainsi un caractère, une couleur plutôt que d’avoir toujours le même banc se répétant de parc en parc.  Il y a peut-être une piste dans cela, c’est sans prétention!

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6 réponses à “Communication & reconnaissance publique du design

  1. L’implication du citoyen dans l’aménagement urbain, n’en éloigne pas le designer industriel ; bien au contraire!
    Consulter, fait partie d’une démarche intégrée et mature de design industriel. Il faut faire basculer l’opinion d’une partie du public comme quoi le designer est ‘un styliste dans sa tour d’ivoire’ .

    Pour faire changer cette perception, quoi de mieux que des projets de réaménagement urbain, intégrés à des stratégies de communication et de concertation publique. On reconfigurerait ainsi en même temps 3 réalités:
    1) l’espace urbain,
    2)on modèle par le fait même l’implication citoyenne
    3) on fait évoluer la culture du design ( la perception de ce que le design peut amener comme développement.
    Il me semble que Design Montréal adhère à cette vision d’après les concours récemment lancés.

  2. Chers designers,

    Question de faire ressortir l’autre côté du débat… Et si je vous demandais combien de mathématiciens connus existe-t-il sur la place publique? Combien d’infirmières sont connus sur la place publique?

    Peut-être vous allez me répondre que ce gens n’agissent pas sur la place publique. Tout comme la pluspart des designers! Est-ce que l’on se doit de créer de la reconnaissance pour les quelques têtes d’affiches qui oeuvrent déjà dans le spectre publique.

    Notre rôle ne serait-il pas de mettre en valeur toute l’idéologie derrière la pratique du design, plus que de ses résultats.

    Pour les mathématiciens, c’est pas les chiffres, c’est le fait de savoir compter!

    Pour les infirmières, c’est pas la santé, c’est prendre soin du patient!

    Pour les designers, c’est pas le produit, c’est de développer un projet !

    Bonne quête du mieux chers designers,

    Ciao!

    Joyce

  3. La situation de la reconnaissance du design au Québec a beaucoup évolué dans les dernières année. La montée de l’éco et du bio aura peut-être responsabilisé une partie de la population sur leur consommation, et leur mécanisme industriel.
    Si nous voulons faire connaitre la profession et le processus de design au grand public, certains d’entre nous devrons se consacrer à la faire découvrir.
    Je perçois le travail du designer industriel comme celui du réalisateur cinématographique. Certains, considérés comme les meilleurs, profitent de budgets comparables au P.I.B. de petits pays, normalement, si le travail est bien fait, tout le monde les connait grâce à l’outil industriel de prédilection du 21e siècle: le marketing. Pour toutes ces super vedettes Spielbreg-Starck-Jackson-Loewy-Tarantino-Jobs, il a des dizaines de réalisateurs télévisuels plutôt inconnus et des designers manufacturiers qui font de grands projets faisant avancer la profession, mais qui ne sont pas plus médiatisé.
    Si nous voulions avoir des designers rockstars, tout ce qui nous manque c’est un René Angelil et des Simon Fuller. Le vedettariat en design devra probablement passer par les mêmes voies marketing que celui des chanteurs pops:
    « Je vous aime mon public »

  4. Je crois que nos habitudes de consommation ne favorise pas la connaissance du design. Trop souvent on ne s’intéresse qu’au prix. Il y a évidement des exceptions, mais en général, nous sommes très  »Brault et Martineau » comme comportemant d’achat.

    Au Québec, nous n’avons pas encore intégrer la valeur culturelle du design. Donc, il va falloir faire beaucoup d’effort pour valoriser le design.

    Comme de mettre de l’argent dans la recherche et le développement, dans l’accès à la production de prototype, dans la promotion en général et aussi du design local, dans le maillage entreprise-école, dans la création de concours nationaux, dans l’ouverture de bureaux d’affaires à l’étranger, dans la création de salons itinérants, dans l’offre d’avantages fiscaux, bref, faire tous ce que les autres qui ont du succès font quoi…

  5. Puisque ma contribution dans la section design Québécois et ouverture sur le monde semble être accepté, je me permets de continuer cette discussion dans d’autres sujets.
    Il me semble que l’analyse concise et claire de Marc Tison est aussi très juste. Il souligne le glissement dans l’activité de design de produits plus « domestiques » et donc plus visibles, vers des domaines moins visibles ou moins identifié à ce qui est généralement reconnu comme des produits de « design ». Je trouve 30 ans un peu loin, mais quand j’y pense…c’est vrai qu’entre « la collection » qu’André Morin avait dessiné pour IPL et ce que je dessinais pour Danesco, on pouvaient dire, sur la base des chiffres de vente, que tous les Québécois avaient de nos produits dans leurs cuisines et sur leurs tables. Comme Marc Tison le souligne, il y a aussi un glissement de produits faits en grandes quantités, vers des produits qui s’adressent à des plus petits groupes, qu’il appelle de la « production confidentielle ». À cette constatation je crois qu’il faut aussi ajouter les produits à usage spécifique (un quartier, un service publique, une œuvre architecturale et.) qui est un domaine souvent influencé par l’administration publique et comme on a une avocate hors pair à la ville de Montréal, les résultats sont concrets et visibles.
    Ce qui manque dans le récit de Marc Tison c’est l’apport que les médias ont eu dans ces glissements ou dans d’autres instances, l’influence qu’ils ont en ignorant ses glissements. Ce que je prétend c’est que ce sont les médias qui influencent la perception publique de ce qu’est le design et dans quels domaine le design est important. Quand Olivetti était honoré de tous les côtés, l’Italie s’est rapidement réconcilier avec le fait que le summum du design était la machine à écrire…Quand les pays Scandinaves raflaient tous les Compasso d’Oro et autres distinctions en design à Milan, les États-Unis et en partie l’Italie leur laissaient de la place dans les produit domestiques tout en faisant remarquer que le « vrai » design était l’automobile et que Pininfarina, Italdesign etc. en était les dieux. Mais quand les designers de mobilier et de luminaires Italiens reprenaient l’initiative, c’est l’automobile et… les machines à écrire qui étaient ignoré par la presse spécialisée. Dans les pays scandinaves il y avait des glissements similaires. Dans un premier temps ils avaient profité collectivement du support et de l’intérêt des États-Unis. Ce support qui était surtout motivé par la politique étrangère des États-Unis, qui voulait à tout prix garder la Finlande dans la sphère d’influence occidentale. Comme promouvoir la « Scandinavie » était une bonne façon pour les E.U. de cacher ses cartes, les autres pays Scandinaves ont profité grandement de ce support massif de leurs production, si bien symbolisé par l’utilisation des chaises de Hans Wegner dans le premier débat des candidats à la présidence entre Kennedy et Nixon. Quand la rivalité entre pays a repris son cours habituel chaque pays s’est profilé de façon différente, les Suédois mettant l’emphase sur des aspects fonctionnels et ergonomiques du design (l’école de design de l’Université de Umea est encore un des meilleurs au monde dans le domaine) alors que les Finlandais ont retrouvé leur second souffle dans Nokia, et la force traditionelle de Hackmann, Arabia, Wärtsilä etc. La Norvège s’est contenté de sa richesse en carburants fossiles et les Danois continuent à démontrer qu’ils ne sont pas seulement excellents en design mais aussi dans la vente de leurs produits. En d’autres mots, ces vagues d’intérêt des médias ne sont pas innocents, mais directement influencé par la reconnaissance des médias de ce qui est important pour l’économie du pays. Au Québec nous n’avons ni ce reflex ni ce consensus et les médias de design ou le design dans les médias est motivé par une autre dynamique. Je crois qu’en générale le monde du design préfèrerait que l’importance du design dans la société soit portée par la qualité du design lui-même, et pas nécessairement par son importance économique. Au risque d’être perçu comme cynique, ce que je ne suis pas, je crois que cet espoir est naïf. Il n’y a rien d’innocent dans l’importance médiatique de Philip Starck, de Tom Dixon ou de Jaspar Morrison. Un an après que Jack Lang a pris la direction de la rue de Valois et donc du ministère de la culture en France il a fondé l’INSCI (les Ateliers). Convaincu comme il l’était (contrairement à André Malraux) que l’éducation était le pilier le plus important du rayonnement de la culture Française. Intelligent, mais pas naïf il s’est rapidement rendu compte que ce chemin était trop long pour la politique. Déjà en 1983 il s’arrange pour qu’un « enfant terrible » mais très médiatique dessine les bureaux du président de la république…et le reste de l’histoire on la connais. Est-ce qu’il y a un bateau derrière cette figure de proue? Je ne sais pas, ce qui est clair est que ce n’est pas le moteur pour la culture et l’industrie Française que Lang avait envisagé. Est-ce que le Québec pourrait bénéficier d’une figure de proue autre que Guy Laliberté? Je ne sais pas, mais j’ai l’impression que c’est une fausse ambition. Le fait d’être « médiatique » ne dit rien sur la pertinence des produits que l’on fait. Je ne sais pas si on reconnaît tout de suite des noms comme Michel Lussier, Todd Wood, ou le duo Dianne Croteau/Richard Brault, mais, si on les reconnais, et on devrait, ce n’est pas je crois, grâce à l’attention des médias.
    Ceci étant dit, et malgré toute la sympathie que j’ai pour le point de vue de Joyce, qui nous compare avec d’autres professions je dois quand même faire remarquer qu’il y a des différences que l’on ne peut pas négliger. Je comprends très bien que le cardiologue qui m’a sauvé la vie a fait un travail que je trouve personnellement très important…ça va de soit. Et, effectivement son nom n’est pas connu je crois, en dehors de l’Institut de Cardiologie de Montréal, mais…il n’est pas tout à fait dépendant non plus de l’attention médiatique pour pouvoir exercer son métier. Au contraire si il devait faire de la prospection et se bouger devant les caméras, il sauverait moins de vies… Même si ce n’est pas une situation souhaitable, le designer est en partie dépendant d’une certaine reconnaissance pour pouvoir exercer sa profession à son plein potentiel. Je date d’une période ou la reconnaissance était le fruit non seulement de la qualité de son travail, mais du jugement de ses pairs. Les journalistes n’intervenaient pas ou presque pas et même l’éditeur en chef du magazine ID dans cette période (publication défunte depuis quelques semaines) était designer (Jim Fulton). Des designers comme Kaj Franck (Arabia), refusaient avec une obstination exemplaire de lier leurs noms à leurs produits. Il y a du pour et du contre, mais les temps ont changé. Le designer est devenu une partie de ce qui s’appelle maintenant le narratif de l’objet et il est plus que probable que ce narratif ne va que prendre de l’importance. Je crois donc qu’il vaut mieux être préparé

  6. Pingback: Donner du crédit aux designers | Signature design communication's Blog

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