Archives de Catégorie: Le design à Montréal

Design ↔ Communauté

Le designer d’origine belge Koen De Winter peut se passer de présentation, surtout auprès de ses pairs designers industriels. Depuis son arrivée au Québec (il y a de cela de nombreuses années …), ce dernier participe par l’intermédiaire de nombreux projets à faire valoir la pertinence sociale & économique de l’intervention du design. Il œuvre actuellement à titre d’enseignant & de professeur au sein du programme Design de l’environnement de l’UQAM.

Dans une de ces conférences de Reyner Banham pour laquelle il valait la peine de faire le déplacement à l’École de design de Ulm (Hoheschule für Gestaltung Ulm), Banham commençait par dire qu’il n’y a pas de design qui n’est pas du design pour une communauté et qui n’est pas du design avec la communauté.
C’est cette simple constatation qui me vient à l’esprit en réfléchissant sur le thème du « design à Montréal ». 55 ans après les paroles de Banham, la situation du design, mais surtout de ces communautés, est devenue beaucoup plus complexe. La culture de nos communautés n’est plus uniforme, les limites géographiques ont largement disparues et il s’est ajouté une multitude de communautés virtuelles. Mais comme dans le passé, l’influence de ces communautés est importante et malheureusement l’influence qu’elles ont sur notre façon d’exercer notre métier est souvent sous-estimée. Pourtant nous n’avons pas d’autres options que de choisir. Le designer industriel chez BPR par exemple ne peut travailler qu’avec un certain degré de loyauté envers la compagnie. En le faisant, ses critères de travail s’ajustent à cette communauté. Il ressent aussi un niveau d’appartenance à la communauté des designers de moyens de transport en général et aura inévitablement une autre vision sur le monde de l’automobile que la plupart de ses collègues en dehors de cette communauté. Pour continuer cet exemple, je suis certain que la communauté de Valcourt joue aussi un rôle et le fait de contribuer à la création ou au maintien d’emplois dans cette communauté sera certainement une considération dans le choix de ses priorités. Malgré ces liens géographiques et d’emploi, la même personne peut très bien faire partie d’une communauté plus virtuelle qui la relie à ceux qui sont concernés par les problèmes de l’environnement et de l’épuisement des matières premières. Il n’y a pas de doutes que nos choix de communauté nous engagent professionnellement. Il y a d’ailleurs peu de doute que le déraillement d’industries entières, comme celle de l’automobile, est en grande partie dû à l’isolation qui résulte de leur échelle. En d’autres mots, il est très difficile d’entendre une voix critique dans une communauté tellement importante qu’elle domine presque tous les aspects de la vie de l’individu.
Dans le langage des étudiants en design, ce choix de communauté se traduit souvent par la reconnaissance qu’après avoir quitté l’université, la vie professionnelle sera inévitablement différente de la vision que l’on en a pendant les études. Ce ne sont pas des différences fondamentales, mais des différences résultant du changement de communauté et donc d’appartenance et de loyauté. Parmi les communautés plus virtuelles, celle qui est conditionnée par les médias semble avoir une attraction particulière et elle aussi impose ses critères aux designers qui y adhèrent.
Il me semble donc pertinent de se demander si « Design à Montréal » renvoie vraiment à une communauté et à laquelle, et quelles en sont les conséquences. Malgré le fait que l’on forme une communauté professionnelle, je ne crois pas qu’on peut vraiment parler d’une communauté dans le sens large du terme. Même à l’intérieur de l’ADIQ et malgré une concentration importante de designers à Montréal, les liens ne sont qu’occasionnels et les échanges critiques et autres sont plutôt rares. Il est vrai que le manque de publications qui couvrent un domaine plus large que ce qui contribue au design d’intérieur, ne favorise ni l’information sur les activités des membres de cette communauté, ni la discussion sur la portée des projets ou leur qualité. Dans le sillon de ce constat on doit aussi ajouter qu’il y a donc peu d’entraide, un certain niveau de rivalité mais pas de stratégie de développement commune. Très souvent le succès d’autres pays est signalé juste en guise de comparaison et rarement on y reconnaît un effort délibéré et une stratégie qui ne laisse que peu d’éléments au hasard. Mais la vraie communauté de Montréal est ni la volonté politique, ni la communauté professionnelle, mais ceux qui font de Montréal cette ville exceptionnelle en Amérique du Nord.
La Question est donc : Que fait-on pour cette communauté et que fait-on avec cette communauté?
Cette courte introduction ne me permet pas d’y répondre. De toute façon ce sont des questions que chacun de nous doit se poser et auxquelles chacun de nous répond à sa manière. Mais il me semble que des efforts éparpillés qui sont déployés par la communauté professionnelle, trop se concentrent sur des liens éphémères qu’on a ou pas avec des professions connexes. Même si des volontés politiques peuvent nous encourager dans cette direction, et elles le font pour leurs propres raisons, il n’est pas clair en quoi ces « regroupements » nous aident à répondre à cette question fondamentale : Que fait-on pour cette communauté et que fait-on avec cette communauté. Si on ne peut répondre à cette question il faut accepter la réciproque de l’énoncé de Reyner Banham :…. il n’y a pas de design.

— Koen De Winter

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Mais où sont les designers en entreprise ?

« …, elle [La table ronde POIESIS] n’était malheureusement que peu représentative des designers industriels à Montréal. 

Il n’y avait que des consultants, ou à peu près (Véronique, Cédric, Mario, Michel, Tatjana) et des enseignants (Tatjana, Michel, Cédric). Où étaient ceux qui travaillent, à tous les jours, dans les entreprises et qui représentent la réelle diversité de la pratique et des domaines d’application du design? »

André Desrosiers,

au sujet de la table ronde POIESIS – Le design à Montréal

Par designer en entreprise, on entend tous designers œuvrant dans une industrie productrice de biens &/ou de services destinés à la consommation. Ces derniers représentent, selon le rapport Trépanier&Gosselin, plus de 50% des designers d’ici. Ils demeurent néanmoins méconnus, peu visibles sur la scène montréalaise du design.

Alors voilà, vous designers en entreprises : Pourquoi ne vous faites-vous pas entendre ? ; Êtes-vous intéressés par les réflexions disciplinaires ? ; Les actuels regroupements professionnels vous apparaissent-ils trop fermés ? ; Êtes-vous plus intéressés à contribuer à l’industrie, qu’à contribuer à la profession ? ; Comment définiriez-vous votre pratique, semble-t-elle en marge de celle des bureaux de consultants ? ; Par quels moyens est-il possible de stimuler votre intérêt envers les enjeux du design industriel à Montréal & plus largement au Québec ?

Communication & reconnaissance publique du design

La communication du design est l’une des plus importantes problématiques de notre discipline. L’incompréhension que porte le grand public vis-à-vis le rôle du design demeure. Quels moyens devrait-on prendre pour améliorer la perception publique et ainsi valoriser la discipline au Québec ?

Marc Tison, journaliste, La Presse

Seriez-vous en mesure d’identifier ce qui fait en sorte que les gens ne sont pas aussi intéressés par le design industriel que, par exemple, la mode ou d’autres domaines du design?

Il y a des gens qui sont intéressés. L’exemple le plus connu c’est Michel Dallaire, les gens le connaissent, savent ce qu’il a fait. Je ne sais pas si c’est parce qu’il n’y a pas assez de designers ou si les produits qu’ils fabriquent ne se retrouvent pas suffisamment entre les mains des gens. La pratique a évolué depuis 30 ans, il y a 30 ans on retrouvait un peu plus de produits de designers québécois dans les maisons, notamment des produits de cuisine. Maintenant c’est moins le cas ou, si c’est le cas, c’est en petite série, souvent considérée confidentielle. Il y a ce facteur-là. La pratique s’est développée vers des produits plus industriels, plus médicaux, moins proches des gens. Il y  a encore des produits qui s’adressent aux particuliers, notamment du côté des jouets, des produits de plein air, mais ils sont rarement présentés comme des produits québécois ou présentés sous l’angle de la création du designer ou de la façon dont le designer l’a conçu. Remarquez, c’est le même problème du côté des architectes, ils ne sont pas plus connus, ils sont aussi peu présents. Je pense que ça a trait à la place de ce type de créations dans la culture québécoise, ce n’est pas encore tout à fait intégré dans la culture, dans l’imaginaire, dans l’espace public.

La prochaine étape est-elle de sensibiliser les citoyens à la valeur du design? C’est peut-être la raison pour laquelle le designer Patrick Mainville suggère l’action citoyenne, car la meilleure façon de comprendre le design n’est-elle pas d’en faire l’expérience?

Patrick Mainville, gestionnaire, Alto design Inc.

Quelle question poseriez-vous à Madame Marie-Josée Lacroix de Design Montréal ?

J’enlève mon chapeau de designer et comme citoyen, je pense qu’il y a place, dans les différents quartiers, pour faire en sorte que les gens se réapproprient leur espace. Dans les parcs et les espaces d’attente pour les autobus, par exemple. Dans certains secteurs, il y a un peu d’abandon. Donc, comme première piste, le design pourrait être mis à contribution pour rafraîchir certains parcs en introduisant par exemple des thématiques pour chacun; leur donnant ainsi un caractère, une couleur plutôt que d’avoir toujours le même banc se répétant de parc en parc.  Il y a peut-être une piste dans cela, c’est sans prétention!

Perspectives professionnelles du design industriel

Le design industriel est souvent considéré comme une pratique dont l’ultime visée est de concevoir des produits. Qu’en est-il de toutes les pratiques périphériques qui contribuent à la richesse de la discipline ?

Marie-Hélène Héon & Annie Roy, designers entrepreneurs, Triangle

Une grande proportion des finissants en design industriel sont des femmes, alors qu’elles ne semblent pas représenter une aussi large proportion des praticiens actifs sur le marché du travail ? D’après vous, à quoi peut-on associer ce phénomène ?

Il y a une différence de visions sur le design industriel, est-ce que le design industriel n’est que le design de produit pur et dur qui est fait dans un bureau de design ou est-ce plus large que cela ? Qu’on le veuille ou non, le design évolue vers des avenues connexes, par exemple la  gestion et le marketing. Aussi, au sein d’un département de recherche et développement, la formation en design est importante pour pouvoir faire une bonne gestion, donc c’est aussi reconnaître que ces gens-là sont en design. Si on cherche toutes les personnes qui ont des formations en design et aussi des responsabilités connexes en design et bien peut-être que le pourcentage de femmes augmente un peu plus. Il y en a peut-être pas autant que l’on voudrait, mais il y en a certainement plus que l’on pense.

Jonathan Beaulieu, président, EDI

Entreprenariat & design sont-ils conciliables ? Si oui, à quel prix ?

Entreprenariat & design sont non seulement conciliables, mais selon nous (EDI – le regroupement des Entrepreneurs en Design Industriel) ils sont presque inséparables pour aller au bout de ses aspirations. Je m’explique.
À l’école, on nous éduque à penser par nous-mêmes, à voir grand, mais une fois salarier, beaucoup d’entre nous sont déçus des minces marges de manœuvre qui nous sont concédées. La pratique comme designer-entrepreneur, qu’on soit consultant ou designer-fabricant, permet bien plus de liberté. On peut prendre position face à ses clients et à son marché.
Évidemment, cette liberté a un prix. On apprend vite qu’en affaires, une opinion ne se défend pas, elle se vend. Vous avez raison lorsque les gens achètent. Et pour que les gens achètent, nos connaissances professionnelles seules ne suffisent pas. À partir d’ici, on passe de designer à entrepreneur avec d’autres sortes de contraintes. Mais ce qui nous distingue, en tant que tel, des autres types d’entrepreneurs, c’est qu’on met le design au cœur de notre stratégie d’affaires.

Design québécois & ouvertures sur le monde

Y a-t-il une identité du design au Québec ?

La question identitaire est presque aussi délicate en design qu’en politique québécoise ! Certains sont radicalement convaincus d’une identité propre au design d’ici, alors que d’autres s’y interposent.

M. Albert Leclerc, ex-directeur de l’ÉDIN, évoque l’idée d’une culture québécoise du design. Culture en construction qui manque peut-être de maturité vis-à-vis l’Europe (ou plus spécifiquement l’Italie), qui cultive les disciplines du design depuis plusieurs siècles.

Albert Leclerc, professeur honoraire, ÉDIN

Le design québécois est-il ouvert aux autres cultures du design (italien, français, suédois, …) ?

Je pense  qu’au départ il y a certainement des liens parce que l’Italie et l’Europe sont teintées par la culture latine, dans le grand sens du mot. Le Québec incarne cette culture latine et européenne en Amérique du nord. Alors, si on examine bien les projets ou l’attitude des gens, des étudiants ou des professionnels, je crois qu’il y a des affinités. Lesquelles ? Cela dépend de plusieurs facteurs, mais on sait quand même qu’il y a une grande sensibilité et un énorme potentiel créatif au Québec et c’est certainement un des caractères distinctifs d’un pays comme l’Italie.

Peut-on dire qu’il y a la même sensibilité en design québécois, qu’en design italien ?

Et bien je dirais quand même, pour connaître assez bien le design italien, que le design italien est une culture qui est plus ressentie, c’est une culture millénaire. Les italiens ont toujours fait du design à travers les siècles. Ce n’est pas du jours au lendemain, ce n’est pas en 40 ans, que l’on peut bâtir cette culture. Après tout, on ne parle que de 40 ans, alors qu’en Italie il s’agit de plusieurs siècles. Alors, que ce soit en architecture, que ce soit en paysage, en produit, en artisanat, c’est un héritage que l’on n’a pas au Québec, c’est évident !

Certains demeurent sceptiques quant au potentiel du savoir faire artisanal du Québec. On retrouve pourtant de nombreuses initiatives de ce côté : le salon des métiers d’arts du Québec, le Souk@sat, etc. On compte également de nombreux designers industriels dans ce secteur tels que Koen DeWinter, le grand chouchou de POIESIS.

Itaï Azerad, designer, Itaï Azerad design studio

L’approche européenne du design, souvent moins corporative & plus artisanale, peut-elle convenir à l’industrie Québécoise?

Le coté artisanal ce n’est pas gagné ici. Avoir des artisans qui sont capables de produire un travail de qualité, c’est un investissement à long terme, que l’on n’a pas fait ici. Qu’on avait déjà, mais qu’on a perdu et qu’il faudrait refaire.

Existe-t-il une marque identitaire (formelle, fonctionnelle, expérientielle) au design québécois ? Mme Ginette Gadoury, directrice du SIDIM, fait valoir quelques possibilités, sans pour autant croire à la présence d’une identité.

Ginette Gadoury, présidente, Interface

Peut-on considérer qu’il existe une marque identitaire pour le design québécois ?

Maintenant avec la fusion de toutes les informations qui viennent de partout à travers le monde,  à moins de créer une image avec un type de produit ou de matériaux, par exemple, ou avec une approche très particulière et orientée qui n’existe pas encore, c’est difficile de parler vraiment d’une marque québécoise.

Mon expérience de par le monde, c’est que dès qu’un créateur s’exprime, cela exprime également  la marque du territoire d’où il vient.  Alors oui à ce moment là, il existe une certaine marque québécoise, mais elle n’a pas une identité comme tel. Il pourrait y avoir un designer ou un groupe de designers qui dirigent une sorte d’orientation, qui crée leur marque.  Cela n’existe pas encore ici, cela pourrait exister, mais ce n’est pas obligatoire.

D’autres, comme M. Alain Massicotte, considère que le caractère identitaire du Québec ne peut faire autrement que de teinter l’image des produits nationaux.

Alain Massicotte, designer, BRP

Le design peut-il réellement être considéré comme un levier pour l’économie du Québec ?

Je pense qu’au Québec, ce que l’on essaie de faire, c’est d’être en compétition sur le plan international.  Le design québécois est de niveau mondial, puisqu’il a une créativité qui lui est propre. Un peu à l’image du design scandinave, le Québec a une signature.

Cette signature  peut nous permettre de nous accomplir et d’arriver  à une réalisation commerciale d’envergure.

Design & esthétique

L’esthétique est un sujet qui est parfois délicat à traiter dans la discipline du design. Les fonctionnalistes issus du modernisme l’ont pratiquement totalement rejeté en adoptant la doctrine « form follows function » de Louis Sullivan. Plus récemment, les postmodernistes européens l’ont réintroduite en assumant pleinement son utilité symbolique dans nos systèmes de valeurs.

Bruno Miron, designer, Bombardier aéronautique

L’esthétique est-elle un aspect primordial de la pratique ?

Oui l’esthétique c’est primordiale, par exemple, les avions d’affaires doivent être sécuritaires et pratiques d’un point de vue ingénierie, mais se sont les clients qui en choisissent l’intérieur. Ils utilisent leur avion un peu à l’image d’une voiture, mais quand ils entrent dans leur cabine, ils doivent se sentir chez-eux.

L’éducation du design au Québec

La première école de design au Québec a désormais 40 ans. Son histoire, telle que relatée par docteur Roger Camous dans le livre TÊTE, CŒUR, MAIN, s’est construite dans l’adversité dans la mesure où la discipline est jeune et les connaissances qui s’y rattachent parfois immatures.Voici deux propos essentiels à l’évolution de l’enseignement du design.

Le premier, tiré du témoignage de M. Jean-François Jaques, est en quelque sorte un plaidoyer professionnel sur l’importance du concept de stage. Le stage est-il un atout majeur pour l’étudiant qui en tire partie ? Si tel est le cas, pourquoi cette composante n’est-elle pas obligatoire dans la formation du designer industriel alors qu’elle représente une large proportion du cursus de son cousin, l’étudiant en architecture ?

Jean-François Jacques, président, Météore design Inc.

Que pensez-vous de l’éducation en design au Québec ? Des réformes sont-elles nécessaires ?

Saviez-vous qu’il y a eu une réforme il y a quelques années à l’Édin (École de design industriel) ? L’une des conséquences est qu’il n’y a pas eu d’admission cette année là.

Je vous dirais qu’il y a toujours besoin d’une certaine réforme. Est-ce que cela doit-être aussi radical que d’interrompre une année complète ? Je ne crois pas !

Je crois que les cours doivent toujours être en évolution. J’enseigne depuis 1992 à l’Édin et je crois que c’est une excellente école au niveau de la pédagogie. Je dirais que c’est l’encadrement qui est le plus important, ainsi que le type de professeurs qui participent aux ateliers. Il y a de plus en plus de chargés de formation pratique qui sont engagés à l’école, ce qui a pour effet d’intégrer un grand nombre de professionnels actifs du milieu de la consultation en design industriel. Ces derniers qui participent énormément à l’enseignement ont pour effet d’enrichir le contenue de la formation. C’est donc cette formule qui intègre un corps professoral garant d’une idéologie propre à l’école, ainsi qu’un ensemble de professionnels qui contribuent à enrichir les ressources de cette dernière qui m’apparait souhaitable.

Voyez-vous un décalage entre les notions enseignés au baccalauréat et la pratique professionnelle ?

Définitivement ! On ne peut faire autrement dans la mesure où il s’agit d’un cours qui ne dure que quatre ans. On indique souvent aux étudiants que la fin de la formation universitaire marque difficilement la fin de leur formation professionnelle. Il faut donc vivre l’intégration du milieu de la pratique comme une nouvelle étape de formation qui peut se vivre à travers les stages professionnels. C’est la raison pour laquelle l’Édin permet d’effectuer des stages post-baccalauréat ou durant l’été de la troisième année. Ces stages sont formidables lorsqu’ils sont effectués à l’étranger, car c’est extrêmement enrichissant pour les étudiants. Suite au bacc, il faut donc rapidement envisager l’étape du stage comme un complément incroyable qui permet véritablement de parfaire la formation universitaire.

Bruno Miron, créateur de la torche olympique de Vancouver, souligne également l’importance de ses expériences de stages professionnels comme étudiant à l’ÉDIN.

Bruno Miron, designer Bombardier aéronautique

Quel évènement a été le plus marquant dans votre cheminement professionnel ?

Je ne pourrais pas mentionner un projet précisément,  mais en ce qui me concerne ce sont davantage les rencontres qui ont été marquantes. Par exemple,  quand j’ai fait mes premiers stages, lorsque j’étais à l’Université de Montréal, chez BRP, chez GMS design, j’ai rencontré des gens supers et c’est cela le bon souvenir que j’ai.  Quand j’étais étudiant, cela n’a rien à voir avec des projets, mais c’est la rencontre avec des gens qui fait que cela a été pour moi un très bon moment.

Le second, témoignage qui fait cette fois référence à l’expérience de M. Réal Gauthier à l’école d’Ulm, est également un plaidoyer. Il s’agit de l’importance de l’étude du contexte (d’utilisation, de vie, etc.). Il est donc question de la valeur de l’apprentissage des facteurs humains dans la formation en design, car c’est principalement cette composante qui permet de mieux comprendre le contexte.

Réal Gauthier, Commissaire, Commission d’enquête Rioux sur l’enseignement des arts au Québec.

Je suis passé par l’« Hochschule für Gestaltung », l’école d’Ulm, on peut dire le Bauhaus. Alors je suis un peu un intrus et cela dépeint un peu sur la philosophie actuelle …

Feriez-vous des comparaisons ?

Pas nécessairement des comparaisons, c’est difficile de vous dire les mots, parce que les mots que je prononcerais, ne sont pas des mots que vous allez comprendre. Ce ne sont pas des mots que l’on utilise ici, mais le sens de ces mots-là, venant d’Allemagne, c’est autre chose.

Par exemple, toute l’importance du contexte, me semble un peu oubliée. Lorsque l’on parle de définir un besoin, ça passe par des analyses du contexte. Apprendre à analyser le contexte nécessite de la théorie, de la science et il y a là un point faible, ce n’est qu’un exemple, je pourrais enchainer sur autres choses. De ce point de vue, j’ai aussi suivi l’évolution de l’Illinois Institute of design et le résultat du travail de Moholy-Nagy (37-38). Lorsque l’on regarde ce que c’est aujourd’hui, du point de vue d’où je viens et du Bauhaus originel, ils font des sacrilèges ! En même temps, sur le plan de l’enseignement, des contenus et des méthodes qu’ils mettent de l’avant, il y a beaucoup à apprendre, mais pas sur le plan philosophique – et je vais prendre mon vieux langage – éthique et idéologique! Pas des mots que l’on prononce à la télévision !

Enfin, M. Patrick Mainville, qui traite essentiellement du profil de l’usager, ajoute une pierre à l’importance des facteurs humains. La réussite des projets passants souvent par la compréhension des besoins de l’usager.

Patrick Mainville, gestionnaire, ALTO design inc.

Quelle importance l’étude des facteurs humains prend-elle dans la pratique québécoise d’aujourd’hui ?

C’est un élément clé du projet, du développement, c’est la première question que l’on doit se poser.  Je suis dans la consultation, donc les gens qui font appel à nous sont souvent des manufacturiers, c’est une clientèle externe qui ne se pose pas toujours cette question de façon claire. Donc, cela amène effectivement à devoir réfléchir sur l’utilisation et de là découle l’importance des facteurs humains, l’ergonomie n’en étant qu’un seul. Il faut rendre le projet intelligible, le produit doit être au service de sa fonction, il a quelque chose à accomplir. De plus en plus, les projets bien conçus émergent  de par leur intuitivité d’utilisation, donc c’est vraiment clé.